dimanche 29 avril 2007

Bayrou gagnant gagnant...

J'avais dit que je ne bloggais plus sur cette campagne, mais difficile quand même de m'abstenir de commenter les derniers développements en lien avec celui pour qui j'ai voté au premier tour... Je veux parler évidemment de cet "homme de droite sans programme" que les socialistes nous ont décrit pendant toute la campagne, celui avec lequel suggérer une alliance -comme l'ont fait Rocard et Kouchner- revenait à "porter un coup" à la candidate PS selon ses propres termes...
Je veux d'abord saluer l'opportunisme de Bayrou et son sens tactique. Il paraît que Mitterrand lui-même, orfèvre en la matière, aurait annoncé un avenir brillant à ce jeune homme. On comprend peu à peu pourquoi et comment.
Proposer ce débat, demander qu'il soit télévisé est d'abord un coup de génie médiatique qui a permis de faire tourner une campagne de choix de société autour de l'organisation d'un débat entre la deuxième et le troisième. Pour éclairer l'électeur, c'est moyen, voire inutile puisqu'on avait eu trois mois de campagne pour se faire une idée. Mais évidemment, c'était placer Sarkozy en position délicate. Il pouvait difficilement accepter puisque Bayrou en avait fait sa cible principale afin de mieux s'en distinguer aux yeux des électeurs... Un tel débat ne pouvait se faire qu'au détriment de Sarkozy. Mais en refusant, il apparaît mauvais joueur et on est alors en position idéale pour lui reprocher de ne pas vouloir discuter. Perdant perdant. Ajoutons y la polémique sur l'organisation du débat qui a permis d'en remettre une couche sur le thème de "Sarkozy grand pourfendeur des libertés" et le tour est joué.
Côté Ségolène, Bayrou imaginait sans aucun doute qu'elle accepterait. Il a toujours été plutôt très soft avec elle, et elle a tout intérêt à convaincre les centristes. Après un préambule insistant sur le fait qu'il n'y aurait pas de désistement, on a donc assisté à une discussion bon enfant dans laquelle Bayrou essayait de montrer ses désaccords face à une candidate toujours prompte à les minimiser... Il était de droite et n'avait pas de programme, voilà soudain que son programme est de gauche à peu de choses près. D'ailleurs, Ségolène "ne s'interdit rien" et peut très bien le nommer Premier Ministre. En disant cela, elle ne prend aucun risque puisque qu'elle sait bien qu'il refuserait de toute manière, et que les voix d'extrême gauche lui sont acquises quoiqu'elle fasse pour "faire barrage au candidat de la droite". Dans ces conditions, le débat est forcément courtois et amical, puisque sans enjeu immédiat. Par contre, on en fait des tonnes sur le thème "Enfin quelqu'un avec qui on peut parler (suivez mon regard...)". Ségo instrumentalise Bayrou contre Sarkozy, Bayrou instrumentalise Ségo pour lui-même... Tout le monde est content.
Je reviens à mon propos initial... Bayrou est fort, très fort. Si Ségo est élue, il pourra s'appuyer sur le fait qu'il est l'Opposant crédible avec lequel on peut parler, alors que les Français ont rejeté Sarkozy. Il peut raisonnablement espérer une stature d'opposant officiel. Si Sarko est élu, Bayrou peut raisonnablement espérer une division du PS entre deux courants, dont l'un susceptible de s'allier avec lui ou de le rejoindre... Il se retrouverait alors à la tête de l'opposition "raisonnable" à Sarkozy, laissant les miettes de l'extrême gauche à Emmanuelli et son "Parti Progressiste" (Emmanuelli Progressiste, oxymoron ???). Bref, Bayrou peut tirer brillamment les marrons du feu. Entre nous et dans le second cas, je trouverais plaisant de voir cette pitrerie d'entre deux tours exploser à la figure de Ségolène, ce serait amplement mérité... Mais bon !
Avantage annexe pour Mme Royal : le débat de mercredi soir avec Sarkozy sera forcément plus tendu, compte tenu de l'enjeu. Comme elle a déjà débattu, elle aura beau jeu de mettre la tension sur le dos de son adversaire, qui a naturellement tendance à être en 380 volts quand elle se contente du 110... Bref, Bayrou lui a été bien utile, mais on l'a vu, il n'est pas naïf...
Un seul inconvénient à tout ça : il y aura peut-être quelques électeurs pour trouver cette mise en scène inconvenante. Le forum des lecteurs du Monde fait état d'un certain nombre de réactions en ce sens. Tout le monde ne bée pas devant la "rénovation de la vie politique" telle que proposée ici. Mais je pense que Ségolène gagnera plus de voix qu'elle n'en perdra avec cette affaire.
Dernière remarque qui donne du sel à l'affaire : François Bayrou est désormais à la tête d'une formation dont 80 à 90% des élus ont annoncé voter Sarkozy. Maurice Leroy et Hervé Morin l'ont dit, eux qui sont les proches conseillers de F.B. Si on est cynique, on se dit que se rapprocher d'un côté pendant que vos troupes basculent de l'autre est une manière intelligente de ne se fermer aucune porte. Si on était dans la vie réelle, on penserait que F.B. a du souci à se faire pour son leadership. Mais on est en politique, où les choses se passent différemment. Et il reste plusieurs semaines avant les législatives, donc les travaux ne font que commencer.
Pour ma part et pour ceux que ça intéresse, j'ai été agacé de voir Bayrou servir la soupe à Ségolène. Je n'ai jamais eu d'illusions sur la personnalité du Béarnais, au moins aussi ambitieux que ses deux concurrents. Il a toujours été clair qu'il joue 2012 et perso. Je pense quand même qu'il aurait pu et dû se dispenser de servir ainsi la soupe à Ségolène, même à son propre avantage. Il y laissera quelques plumes de crédibilité.
Le deuxième tour sera bien plus serré que prévu... Un vrai suspense. J'en dors mal la nuit !

mardi 20 mars 2007

Battisti, Sarkozy....

Hallucinant... Il faut faire un tour sur les forums pour lire un peu ce qui se dit et s'écrit actuellement. Et prendre la mesure du niveau de "deux poids deux mesures" atteint par certains.
Ce matin, c'est sur les forums du Nouvel Obs que je suis allé faire un petit tour. D'abord pour lire un peu sur cette affaire Battisti qui semble s'inviter dans la campagne. Interview de Fred Vargas, l'ardente défenseure -on dit comme ça maintenant- de Battisti. A l'en croire, un perdreau de l'année, innocent, qui a fui l'Italie parce que les communistes de l'époque voulaient lui régler son compte à lui, le petit trotskiste. Comme à ce bon vieux Léon au Mexique en somme... Toujours cette paranoïa de l'extrême-gauche qui sert de paravent à toutes les dérives, de cache-sexe à toutes les violences et d'excuse à toutes les lâchetés. Mais bon, admettons...
En France, il trouve sous Mitterrand un nid douillet à l'abri de la vindicte italienne. Mais voilà que la droite remet cette protection en cause. L'innocent petit gauchiste est victime d'un complot ourdi par l'ignoble Berlusconi en lien avec la droite française. Les communistes en ont rêvé, c'est la droite qui veut le faire... Pauvre petit Battisti. Pourquoi tant de haine à son égard ? On oublie à ce stade de dire qu'il a été condamné pour assassinat en Italie. Mais que vaut la justice italienne ? Pas plus que la justice française dont Fred Vargas nous dit dans ses réponses au Forum Nouvel Obs qu'une bonne partie de ses magistrats ont toujours obéi au pouvoir politique. Nous avons donc en France une justice aux ordres, on n'est pas loin de la dictature, parole de trotskiste !
Heureusement pour le petit gauchiste innocent, il reste le Brésil, un grand pays démocratique que Fred Vargas nous invite à respecter. S'il est légitime de cracher sur les justices française et italienne, il est par contre interdit de critiquer le pays de Lula, modèle de démocratie dont le dirigeant sert d'icone à tout l'altermondialisme... Avec des résultats par ailleurs discutables à tous les niveaux mais c'est un autre débat.
La police brésilienne n'est cependant pas aussi admirable que son leader, puisqu'à en croire madame Vargas et ses amis -dont bien sûr l'inévitable Jean Pierre Mignard, parrain d'un enfant Royal et avocat tout terrain-, elle a procédé à l'arrestation de Battisti sur renseignement de la police française en se prêtant ainsi à une opération électorale pilotée par un certain...Sarkozy. Mais c'est bien sûr. Pour se faire élire président en France, pour convaincre les électeurs français, Sarkozy a ordonné à Lula d'arrêter Battisti pour qu'il soit extradé en Italie, qu'il a fui il y a 20 ans suite à sa condamnation. La boucle est bouclée, des communistes à Berlusconi à Sarkozy, on l'a bien compris, Battisti est un pion utilisé par les démiurges anti trotskistes pour tromper le peuple. Merci Fred pour ta démonstration, tu peux boire un coup maintenant...
En regardant les réactions sur le forum, j'ai été une fois de plus atterré de constater le niveau moyen des opposants à Sarkozy. Ils donnent envie de voter pour lui. L'essentiel des remarques sont proprement injurieuses : "le nain", "petit émigré hongrois qui n'a jamais eu la classe des grands politiques et veut prendre sa revanche", "facho" (évidemment), "monté sur ses talonnettes"... La moitié de ce qui est écrit sur lui le serait sur une femme ou un étranger d'une origine plus respectable que la Hongrie (!!!), le MRAP -l'innénarrable MRAP-, Jean Pierre Mignard et les Chiennes de Garde seraient déjà au tribunal.
Ce qui frappe, c'est la pauvreté des arguments construits contre Nicolas Sarkozy. Il a d'ailleurs compris je pense que l'invective à son égard le rend plus populaire. Ses adversaires ne l'ont pas encore compris. Il a également saisi que le fait d'être d'origine étrangère par son père le rend plutôt sympathique, et que se faire moquer parce qu'on est petit (une constante des chroniques "humoristiques" entre autres) ne nuit pas auprès de tous ceux qui ont à subir dasn leur existence une forme ou une autre de moquerie. Seuls les bobos, grands, bronzés, dotés d'un irréprochable pedigree et dépourvu de cet arrivisme qui ne sied qu'à ceux qui sont partis de plus bas qu'eux, ne comprennent pas la bêtise et l'inefficacité de ces critiques. Ce sont eux d'ailleurs qui n'ont que le mot "beauf" à la bouche pour décrire la majorité de ce peuple qu'ils veulent éclairer de leur subtile analyse.
Bref, à ce point de bêtise dans l'opposition, seul Sarkozy lui-même peut se faire perdre et il s'en occupe bien par moments !
Allez, à bientôt peut-être...

samedi 17 mars 2007

Un éléphant, ça pèse énormément...

Je n'aimerais pas être éléphant par les temps qui courent, ni même éléphanteau d'ailleurs. C'est vrai, je ne suis pas très "Ségolénophile", je le reconnais. Mais ça ne doit pas être facile même pour les plus énamourés ces temps ci.
Il y a quelques temps, un mois environ, la candidate appelait à la rescousse les éléphants pour la soutenir, en avançant d'ailleurs quelques jours plus tard que la tiédeur de ceux-ci expliquait sans doute la relative faiblesse de ses sondages. Elle venait juste de les appeler, la critique a du leur faire plaisir.
Un écho du Nouvel Obs racontait voici trois semaines qu'elle avait appelé Rocard pour lui demander son soutien actif, et qu'elle lui avait laissé entendre que la dream team des éléphants annoncée peu avant ne ferait en fait pas grand chose... Machine arrière donc.
Jeudi soir sur la 2, la voilà qui se dit "coincée" par le PS. On hallucine.
Evidemment, quand on se présente comme une fraîche et rose jeune femme qui va faire du nouveau, il est difficile de solliciter en même temps l'appui des vieux soldats. Si on le fait, ce qui est après tout cohérent lorsqu'on représente un parti comme le P.S., alors on l'assume et on ne les rend pas ensuite responsables tout en revendiquant à nouveau sa fraîcheur.
On voit bien la difficulté que rencontre mme Royal : être la candidate des socialistes tout en rassemblant au-delà, apparaître nouvelle sans pour autant être taxée d'inexpérience, jouer la carte féminine sans en abuser. C'est compliqué. Mais ça n'excuse pas l'inélégance qui consiste à appeler à l'aide quand on se noie avant d'accuser celui qui vous tend la main de vous avoir poussé dans l'eau. Je cite à ce sujet un article trouvé dans la Tribune :
Ségolène Royal, "libérée", jongle avec les contradictions
Présente hier soir sur le plateau de l'émission "A vous de juger" sur France 2, Ségolène Royal, candidate PS à l'élection présidentielle, a "repris sa liberté" par rapport au Parti socialiste où elle se sent "coincée" depuis le retour des éléphants. Interrogée par Arlette Chabot, elle a également tracé les "grandes lignes" de son projet.
Libérée du carcan pachydermique du Parti socialiste, Ségolène Royal était l'invitée de l'émission politique "A vous de juger", jeudi soir. Pendant plus de deux heures, la présidente de la région Poitou-Charentes a décliné ses thèmes fétiches, encadrement militaire des jeunes délinquants et défense de la "valeur travail", mais s'est refusée à entrer dans les "questions techniques".Rien de bien neuf n'est ressorti de l'émission d'hier soir. Entrée dans la dernière phase de sa campagne, Ségolène Royal a décidé de "reprendre toute sa liberté" par rapport à son parti d'origine. Dotée d'une capacité à ménager la chèvre et le chou remarquable, la candidate a admis avoir la "chance" de se sentir soutenue par une organisation politique comme le Parti socialiste, mais a concédé s'être sentie un peu "coincée" par le retour de ses anciens concurrents de la primaire, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn et leurs fidèles, à ses côtés.L'ancienne ministre a réitéré sa vision d'une "société de solidarité" sur le principe du "gagnant-gagnant", rejetant tout concept d'assistanat car "aucun soutien ne peut être donné sans contrepartie". Elle a également fait part de son objectif premier si elle est élue: trouver un moyen "une fois pour toutes (que) le travail soit moins taxé que le capital".Mais, dans le même temps, la candidate du PS s'est refusée à répondre à des "questions techniques" sur le financement des retraites et le rééquilibrage des prélèvements obligatoires, jugeant qu'elles relevaient plus d'un secrétariat d'Etat au Budget que de la présidence. "Je trace les grandes lignes", a-t-elle souligné en expliquant que le gouvernement agirait "comme il le voudra" sur la base de son programme présidentiel.Numéro d'équilibristeDe même, Ségolène Royal a rejeté une généralisation des 35 heures par des mesures "imposées", et fait de la réduction de la dette publique une de ses priorités. Comment compte-t-elle y parvenir? Par des "économies sur les dépenses de l'Etat" et l'appui de la "relance économique". Mais aucune solution concrète n'a été avancée pour réaliser ce numéro d'équilibriste entre rigueur budgétaire et keynésianisme.Concernant la présence de la gauche au second tour, Ségolène Royal a insisté: "tout dépend de moi, et c'est pourquoi ce combat est absolument crucial, et c'est pourquoi je suis déterminée à me faire comprendre des Français".La remontée spectaculaire de François Bayrou dans les sondages et la position à adopter ont aussi été au centre des préoccupations du PS cette semaine. Mais la candidate Royal a balayé la menace que représente le candidat UDF par un "François Bayrou n'a pas de programme".
Bayrou est sur son nuage et on voit bien que la campagne s'ordonne autour de lui : Sarkozy s'était recentré dans une stratégie anticipée de deuxième tour. Plus calme, rassembleur, plus gaullien en politique étrangère, il était dans le trip classique d'un candidat déjà qualifié. Patatras, Bayrou se fait menaçant. Du coup, N.S. redonne un coup de barre à droite pour aller récupérer des électeurs partis chez Le Pen. C'est pas très joli joli, ça s'appelle la stratégie électorale... Et ça peut coûter cher au deuxième tour, si deuxième tour il y a pour Sarkozy, ce qui reste probable aujourd'hui. Quant à Ségolène, elle a compris qu'il fallait récupérer les électeurs centristes partis chez Bayrou. Donc s'affranchir à nouveau du P.S. pour se recentrer. Si P.S. quand même, elle se montre avec Strauss-Kahn ces jours-ci, ce qui n'est pas un hasard. Du coup, les multiples candidats de la gauche de la gauche voient leur potentiel électoral remonter un peu : ils vont faire 2% au lieu d'1, grand bien leur fasse. Mais au deuxième tour, si jamais c'était Bayrou contre Ségo, c'est bien à gauche que Ségo devra aller chercher ses voix... Bref, la quadrature du cercle !
On imagine que Bayrou s'amuse beaucoup pour l'instant. Est ce que ça durera, rien n'est moins sûr. Les électeurs tentés par le vote centriste vont-ils rentrer à la maison sagement et voter pour leur candidat naturel ou bien Bayrou va t'il passer du statut de buzz sondagier à celui d'homme de l'année ? C'est la question du jour, et elle n'a pas fini de faire couler de l'encre.
Un petit mot encore : 4 à 5 candidats pour la gauche dite extrême si on y inclut MG Buffet, dont 4 candidats "antilibéraux ou anti capitalistes", ça fait un peu beaucoup quand même et personne n'a l'air de trouver ça étrange. Arlette est un monument vénéré par les médias. José Bové rappelle trop Astérix pour ne pas s'attirer la sympathie du village gaulois. Notre facteur a définitivement gagné le coeur des midinettes. Quant aux communistes, personne n'ose tirer sur l'ambulance tellement leur situation est pathétique. Tout ce petit monde va donc occuper les ondes nationales gratuitement pour exprimer des idées dont chacun sait qu'elles sont inapplicables ou déconnectées de la marche du monde. Cela ne serait pas très grave si certaines de ces idées ne contribuaient pas à entretenir une image assez triste de notre pays. Pour prendre un exemple politiquement peu correct, tout ce petit monde va diffuser la petite musique de la régularisation massive des sans-papiers et de la lutte contre les discrimainations. On va ainsi renforcer l'idée que la France serait un pays fermé et raciste, idée que la réalité peine franchement à démontrer -même si les problèmes existent- mais qui fait son chemin dans l'esprit de ceux qui rencontrent un jour ou l'autre une difficulté : celle-ci sera mise immédiatement sur le dos du racisme ou de la discrimination, entraînant démobilisation et rancoeur. C'est dommage. Et les arguments économiques utilisés ont à peu de choses près le même effet... Je ne pense pas pour ma part que la tribune ainsi accordée à la pensée d'extrême-gauche soit sans conséquence. Il ne s'agit évidemment pas de la réduire au silence, mais de là à ce qu'elle reçoive un temps d'antenne aussi disproportionné avec ce qu'elle représente électoralement, il y a vraiment de quoi se poser des questions...
Bon, les cinq semaines qui viennent s'annoncent passionnantes... A bientôt peut-être.

jeudi 22 février 2007

Bayrou encore et toujours

Tu ne blogges plus me disent certains ? C'est vrai, j'ai peu alimenté ces derniers temps, et il y a plusieurs raisons à cela...
D'abord il faut du temps et le temps est une denrée précieuse et rare aujourd'hui. On en trouve cependant toujours si on regarde honnêtement les choses.
Ensuite la peur d'être trop direct, trop raide même si après tout c'est ça aussi, le non politiquement correct.
Enfin la difficulté à choisir les sujets tellement l'actualité se bouscule.
Alors, creusons notre sillon et revenons à Bayrou. Il y a un mois à peu près, je disais dans le même mouvement que je voterais pour lui et qu'il n'avait aucune chance. Bref, le type même du vote inutile ! Depuis, les choses ont un peu évolué. D'abord, je dois vivre dans un microcosme puisque 70% des gens que je rencontre actuellement me disent vouloir voter Bayrou. Parallèlement d'ailleurs, 90% des socialistes que je rencontre se disent inquiets et déçus par la campagne de leur candidate, discours de Villepinte ou pas.
Ce qui frappe aujourd'hui, et que de récents sondages ont mis en évidence, c'est que Bayrou est en train de devenir LE candidat anti-Sarkozy, autrement dit celui qui peut permettre à tous ceux qui ne veulent pas de N.S. de l'éviter. Avec un gros hic, c'est qu'il faut déjà qu'il passe le premier tour. Partant de là, le "vote utile" de gauche apparaît de plus en plus comme le vote Bayrou, provoquant un second tour entre N.S. et F.B. et amenant ce dernier à l'Elysée. Il paraît que c'est le calcul actuel du Béarnais, qui du coup cogne sur Sarkozy pour gauchir son image tout en laissant entendre qu'il pourrait nommer Strauss-Kahn à Matignon.
Si jamais cette stratégie réussit, ce serait un coup de maître pour l'homme Bayrou -avouons qu'il y a du Miterrand chez lui...- et un coup de Trafalgar pour les vieilles traditions politiques françaises. Bayrou nous refaisant le coup de Poher au deuxième tour, mais l'emportant...
Par contre, l'après sera une autre paire de manches : il faut aussi une majorité parlementaire à peu près stable pour gouverner, et pas seulement quelques volontaires pour devenir ministres. Bayrou peut-il fédérer une majorité stable autour de lui ? Le PS acceptera t'il de s'allier conjoncturellement autour d'un programme de gouvernement ? Imaginez un peu ça ! La "gauche de la gauche" en serait toute tourneboulée.
A deux mois des élections, il est bien trop tôt pour affirmer que les choses vont aller en ce sens. Le Pen n'a pas dit son dernier mot, le PS non plus qui va bien finir par reprendre la main.. Ca va bouger, et pas forcément à l'avantage de Bayrou.
Un petit mot pour parler d'un cruel petit plaisir personnel : il paraît que Noël Mamère s'est fait piéger ces derniers jours. Arrivé en voiture aux studios où il devait enregistrer, interviewé dès son arrivée, il a raconté à quel point il était en forme puisqu'il était venu en vélo, lui qui ne roule plus en voiture à Paris de puis 20 ans... Les caméras avaient malencontreusement filmé sa descente de voiture ! Ah, les donneurs de leçons ont aussi leurs faiblesses. En l'espèce, n'ayant aucune tendresse pour le maire de Bègles, je m'amuse !
Bon. Je pars en vacances mais je reste à l'écoute et on en reparle !!!

samedi 27 janvier 2007

Bayrou et Ségolène aussi...

Bonjour,

Lu ce matin sur le site du MONDE


Entre Ségo et Sarko..., je choisis Bayrou LE MONDE 27.01.07
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-860474@45-1,0.html


Micro trottoir intéressant parce qu'il me semble résumer beaucoup de ce que j'entends autour de moi... C'est vrai, Bayrou ne ratisse pas beaucoup dans les couches les plus populaires de l'électorat. Comme pour le OUI à l'Europe, son électorat est plutôt côté cadres. C'est vrai aussi, il a assez peu de charisme et réussit même parfois à être un peu ridicule... Sur France 2 par exemple, lorsqu'il avait dit à une dame qui racontait ses déboires en matière d'emploi que "ce que vous dites madame est beau", il s'était fait proprement ridiculiser. Pour autant, certains de ses thèmes font mouche, en particulier sur la dette et sur l'Europe. Et il nous sort de la bipolarisation qui lasse beaucoup de gens et va finir par favoriser un effet 21 avril à ce train-là...
Personnellement je voterai Bayrou au premier tour, sans aucune illusion. En effet, en tant que telle, la démarche centriste est vouée à l'échec. Par ses origines, l'UDF est profondément de droite, même si elle cherche à s'affranchir des liens du sang. Si Bayrou fait un gros score au premier tour, 15% par hypothèse -irréaliste au jour d'aujourd'hui, mais imaginons qu'un gamin lui fasse encore les poches...- et que le duel annoncé Royal (25 à 30%) contre Sarkozy (même total) ait lieu, Bayrou va connaître un problème sérieux : ne pas donner de consigne de vote est l'attitude la plus logique par rapport à ses positions actuelles, mais dans ce cas il se condamne en gros à ne jouer aucun rôle sur la scène politique des cinq années qui suivent, sinon le rôle de l'imprécateur impuissant... Au mieux du mieux, il aura un groupe parlementaire à l'Assemblée pour défendre ses idées, avec bien peu de chances de la jouer à la Genscher en Allemagne (d'antan), groupe pivot qui faisait et défaisait les gouvernements... Il est probable que les législatives donnent une majorité au président que la France aura élu.
Deuxième hypothèse, celle de l'alliance avec un des deux camps, hypothèse qui a l'énorme inconvénient de paraître renier le credo de sa campagne, le ni droite ni gauche, pour rallier opportunément un des deux camps... Donc perte de crédibilité, légèrement atténuée peut-être par l'affichage d'un pacte électoral autour d'un programme que l'UDF aurait infléchi à son goût... Dans ce cas, de toute façon, on sait bien que "personne n'est propriétaire de ses voix" et on verra une partie de l'électorat Bayrou retourner à sa famille d'origine -la gauche modérée- et voter Ségo sans enthousiasme et par peur de Sarkozy, et l'autre partie voter Sarko avec un peu de crainte vis à vis de l'homme, mais la conviction que la France a plus à gagner des solutions de droite que de celles de gauche.
En tout état de cause, je ne crois pas à une alliance PS/UDF. Elle est contre nature et je suis persuadé que les élus UDF la refuseraient majoritairement. Quant à l'alliance UMP/UDF, elle remet en cause la crédibilité de la démarche Bayrou... comme je l'ai dit plus haut.
Bref, je crois vraiment que la démarche de Bayrou, guidée par un mélange subtil d'orgueil un peu gaullien et de véritable envie d'une autre politique, est grosso modo une impasse... Alors pourquoi voter pour lui quand même ? J'aime bien ce que disent certains interviewés du Monde : Strauss-Kahn ou Jospin, oui, mais Ségo c'est vraiment léger. Je crois que les déçus de Strauss-Kahn sont très nombreux chez Bayrou. Ou encore : Bayrou est un "palier", autrement dit je ne me résous pas encore à m'assumer pleinement comme "de droite", et Bayrou me permet de faire ma mue en douceur... Au deuxième tour, on verra...
Bref, Bayrou est pour beaucoup une "soupape" utile plus qu'un vrai choix personnel... avec en prime la cerise de l'Europe sur son gâteau. Et c'est vrai qu'il est à peu près le seul à en parler...
Quelques mots sur Ségolène : elle refuse de s'exprimer sur 50% des sujets. Hier encore, elle a refusé de commenter l'exclusion du P.S. de Georges Frêche. Voilà un homme dont elle a souhaité l'exclusion, qui est désormais exclu, qui lui réaffirme malgré tout son soutien. Et elle n'a rien à en dire... Que ce soit pour refuser noblement son soutien, ou au contraire pour dire un mot gentil sur ce que lui inspire une telle fidélité au-delà de la sanction et de la teneur des propos. No comment. Affligeant. A se demander si elle attend le résultat d'un forum participatif sur Geoges Frêche avant de parler.
Bon, on n'a pas fini d'en parler avec tous ceux que ça intéresse. Les périodes électorales, on a beau dire, ça remue et ça fait causer ! Vive la démocratie, participative ou pas.

samedi 13 janvier 2007

Un vrai sujet de campagne : la santé et la C.M.U.

Puisque la campagne électorale commence vraiment, avec la désignation officielle de N. Sarkozy ce dimanche ("le sacre" disent les médias, toujours nostalgiques de la monarchie) après celle de S. Royal, parlons d'un vrai sujet de campagne électorale sur lequel on aimerait entendre des prises de positions nettes et surtout me semble t'il, des propositions sérieuses et chiffrées pour faire évoluer les choses.
J'ai entendu hier soir une émission sur France Culture qui avait trait aux problèmes d'application de la C.M.U. Juste ce qu'il fallait de manichéisme dans les questions du journaliste -dans le style : "Que pensez-vous de ces médecins qui refusent de recevoir des malades en C.M.U. ?", question posée à une jeune femme désargentée venue en consultation à l'hôpital pour des problèmes rénaux... Vous imaginez la réponse ! Mais, au crédit du journaliste, il avait tout de même interviewé deux médecins "anti-C.M.U." qui avaient des arguments intéressants et mesurés, ce qui donnait finalement un intérêt à cette émission.
Sur le fond, on y apprenait des choses étonnantes, une en particulier : les malades en C.M.U. n'ont actuellement aucune obligation d'avoir un médecin traitant. Prenons les choses logiquement : si on parle de ceux qui relèvent vraiment de la C.M.U., (en laissant de côté les fraudeurs ou profiteurs qu'un tel système génère mécaniquement), ce sont des gens en difficulté financière, sociale, parfois psychologique, donc des gens fragiles et susceptibles d'avoir recours à la médecine plus que d'autres. On annonce à ces personnes que désormais elles ont accès gratuit aux soins médicaux. Cela crée automatiquement un appel d'air, compréhensible pour bien des raisons. On peut imaginer par exemple que les bénéficiaires de la C.M.U. avaient laissé par manque d'argent leur santé se dégrader avant la mise en place de la loi... Il y a donc une mise à niveau qui exige du temps et des consultations. Par ailleurs, un chômeur en fin de droits a plus de risque de connaître des souffrances psycho-somatiques qu'un salarié heureux et protégé dans son emploi. Le médecin hospitalier décrivait des consultations de 45 minutes pour faire le tour des problèmes et examiner les pathologies... Aucun médecin libéral parisien rémunéré à 21 € ne peut se permettre ce luxe fréquemment s'il veut payer son loyer !
Si l'Etat souhaite qu'un tel dispositif fonctionne, compte tenu de l'organisation actuelle de la médecine libérale en France, il ne peut pas simplement décréter ce droit sans mettre en place un véritable accompagnement. On verra d'ailleurs sans doute que le droit au logement opposable se heurtera au même problème... Relogez un S.D.F. avec 10 ans de trottoir au compteur dans un immeuble lambda sans accompagnement, les problèmes surgiront dans les deux mois qui suivent. Pour la C.M.U. donc, que fallait-il prévoir ? Un accueil personnalisé, adapté, pour chaque futur bénéficiaire, un accueil qui permette à la fois de vérifier au moins grossièrement le besoin économique et social réel et surtout de faire un bilan de l'état de santé de la personne, des urgences à traiter et éventuellement d'établir un plan de traitement qui donne une visibilité au système et un espoir à la personne... Après quoi cette personne peut être orientée vers un médecin de ville selon une procédure qui garantisse que les généralistes partagent grosso modo cette tâche, à moins qu'un corps de généralistes volontaires ne soit mis en place pour gérer ce type de parcours de soins en recevant une rétribution juste pour ce travail.
Aujourd'hui, un malade en C.M.U. pose des problèmes multiples : sa consultation, moins bien remboursée au médecin, est de surcroît payée avec retard par la CPAM. Etant donné qu'il n'est tenu à aucun suivi par un médecin traitant, il peut demander à voir des médecins sans limitation, et la précarité ou la souffrance psychologiques peuvent l'y pousser. Il y a enfin des domaines ou la plus parfaite injustice règne. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Nouvel Observateur dans son dossier de décembre sur les classes moyennes. On y voit une femme de ménage à l'hôpital montrer ses toutes nouvelles dents à ses collègues infirmières, un peu écoeurées de ne pas avoir les moyens de s'offrir un tel "plaisir". Ce sont des céramiques C.M.U. Thierry F., le chômeur professionnel qui a publié cet automne, ne disait pas autre chose d'ailleurs.
Compte tenu de cet état de fait, il me semble qu'un candidat responsable devrait s'engager sur les points suivants en matière de santé :
* on ne peut pas faire reposer le système C.M.U. sur la bonne volonté des médecins. Tous les systèmes qui fonctionnent ainsi génèrent l'écoeurement des bonnes volontés qui sont submergées par le travail alors que d'autres ne prennent pas leur part. Il faut qu'au bout du compte, si effort il y a de la part des médecins (et pourquoi pas ?), il soit partagé.
* on ne peut pas rester dans un système de droit sans bilan préalable et accompagnement spécifique... C'est comme une indemnisation du chômage sans aucun suivi, c'est la porte ouverte à l'inefficacité (surconsommation, nomadisme médical), aux abus de toutes sortes et donc, inévitablement, à la remise en cause du système par ceux qui le financent. Ce style de gestion des problèmes débouche toujours sur leur fin brutale à la suite d'excès incontrôlés.
* il faut donc créer dès à présent un cadre d'accueil et d'accompagnement des malades en C.M.U. qui se mette en place en collaboration avec les médecins libéraux, cadre qui repose à la base sur la médecine publique qu'il faut sans doute étoffer pour remplir cette mission, à travers les caisses d'assurance maladie par exemple. Evidemment, cela sigifie recruter des médecins et on sait que l'on en manque actuellement, mais l'accompagnement peut et doit être confié en partie aussi à des travailleurs sociaux.
* pour éviter qu'un sentiment d'injustice ne se développe, en particulier chez ceux qui se trouvent aujourd'hui au-dessus des minima mais n'ont par ailleurs pas des revenus très élevés, il paraît urgent de définir un "socle commun" de santé qui définisse des prestations de base auxquelles tout le monde aurait droit. Les "céramiques C.M.U." pourraient en faire partie : des prothèses de qualité à un prix raisonnable, et pour lesquelles il y a une profonde ironie à ce que certains de ceux qui contribuent à les financer ("classes moyennes inférieures") par l'impôt et les cotisations n'y aient pas accès. Libre ensuite à chacun, selon ses moyens, de s'offrir du plus... L'exemple de l'optique est particulièrement intéressant sur ce point.
* une fois cela mis en place, on pourrait alors raisonnablement estimer qu'aucun médecin ne saurait échapper à son devoir de solidarité,, en recevant dans son cabinet -à un tarif éventuellement bien inférieur à ses tarifs habituels s'il pratique le dépassement d'honoraires-, les bénéficiaires de la C.M.U., dans des proportions qui soient à peu près équitables sur l'ensemble du pays, même si l'on se doute que la géographie et la sociologie rendent les choses un peu plus compliquées...
Voilà un sujet qui mériterait d'être abordé de manière pédagogique, en replaçant au centre du débat la notion de droits et de devoirs des uns envers les autres, notion que les promesses actuellement distillées par un chef de l'Etat qui n'en sera pas comptable par la suite sont en train de mettre sérieusement à mal.
Merci de vos commentaires et à bientôt si les petits virus me laissent enfin tranquille !

mardi 2 janvier 2007

démenti... qui dit la vérité... Et Don Quichotte alors ???

Voilà que j'me fais engueuler... Il semblerait que Noah en Suisse, c'est même pas vrai, même qu'il l'a dit lui même alors voyez si c'est vrai... Bon, si Noah est vraiment cohérent, je m'en félicite et lui présente mes plates excuses d'internaute victime d'un "buzz".
Bon, puisque j'y suis, soyons fou et parlons un peu des SDF et des "Enfants de Don Quichotte". Qui sont ces gens qui se sont organisés aussi vite ? De simples citoyens choqués par un situation effectivement difficile ? Ou bien des professionnels de l'agit prop ? Il est assez intéressant d'entendre les responsables du DAL se manifester à leur tour et "réquisitionner" un immeuble hier... Il y a pour tout dire de la surenchère dans l'air. D'ailleurs, pour revenir à notre démenti précédent, on me dit qu'Emmanuelle Béart, qui a je crois passé quelques minutes au Canal Saint Martin, est aussi domiciliée en Suisse... Merci de vérifier si vous avez le temps.
Bon, ceux qui me connaissent auront reconnu là mon allergie profonde aux trotskistes et à leurs façons d'agir. Je l'avoue, j'ai du mal avec l'ultra-gauche. Cela dit, le problème du logement est bien réel et on ne va pas se contenter de regarder passer le train sans rien dire !
Quelques remarques générales sur la question : un aspect crucial du problème, c'est évidemment le coût du logement. L'évolution des prix depuis une dizaine d'années est insupportable pour la plupart des ménages modestes. Elle creuse les écarts entre les revenus du travail et ceux du capital. Elle entraîne de fortes hausses des loyers... Bref, quand Ségolène parle de "vie chère", le problème majeur est certainement celui-là.
Il ne faudrait cependant pas oublier des aspects un peu passés sous silence qui viennent se greffer là-dessus et aggraver les choses. D'abord, la crise de la famille n'arrange rien : un divorce, une séparation, c'est deux logements au lieu d'un et sans augmentation des revenus des deux protagonistes. Mécaniquement, la multiplication des séparations pousse les loyers à la hausse tout en poussant à la baisse le revenu disponible. On ne va pas interdire le divorce, mais on ne peut pas non plus passer totalement sous silence la part de la responsabilité individuelle dans la création puis la continuité d'une vie familiale, et la paupérisation qu'engendre sa mise à mal. On m'objectera à juste titre qu'un nombre non négligeable de familles se recomposent et retrouvent ainsi un pouvoir d'achat plus décent. Cependant, il est statistiquement prouvé aujourd'hui que le nombre des familles vivant avec une mère seule est en progression. Il doit bien y avoir quelques fraudes au "parent isolé" mais seulement à la marge. On peut partant de là se poser la question d'un meilleure "éducation affective", qui peut-être éviterait quelques uns des drames de la séparation... Mais cela supposerait qu'il y ait un certain consensus sur cette éducation, ce qui semble aujourd'hui difficile : tous les modes de vie sont peu ou prou considérés comme égaux, on se refuse à faire des distinctions de peur de paraître "juger" ou d'entraver la liberté individuelle, et la priorité n'est pas d'éduquer mais de "combattre".
On lutte contre les violences faites aux femmes, ce qui est évidemment indispensable, mais sans se demander vraiment pourquoi elles existent et comment essayer d'éduquer les jeunes dans ce domaine. Les seules réponses apportées actuellement consistent à diaboliser le mâle, responsable à 100% du problème, sans se demander si ce ne sont pas plutôt les modes relationnels qui sont en cause, voire le paradoxe insupportable d'une société qui nous invite sans cesse à contempler et convoiter tout en interdisant absolument de toucher. Le niveau de frustration s'élève forcément, et il influe sur le niveau de violence.
On lutte contre le Sida, et on s'aperçoit que les campagnes échouent, que "l'usage du préservatif" est moins évident qu'il y a dix ans. Au lieu de se demander pourquoi les campagnes ne fonctionnent pas bien, on propose de les intensifier. Comme si faire plus de la même chose -"more of the same"-allait régler le problème... On ne se demande même pas s'il est productif ou contre-productif d'inviter sans cesse la population à faire l'amour, mais avec un préservatif. Si ces campagnes ne développent pas plus la frustration que la responsabilité, si elles ne partent pas un peu trop du principe que toutes et tous n'ont qu' à claquer des doigts pour trouver un partenaire disponible...
Aujourd'hui, on va lutter contre le problème des SDF. Le combat est juste, mais les termes n'en sont pas toujours clairement posés. Notre Président nous parle d'un "droit opposable", ce qui l'honore après 12 ans de mandat. Il faudrait peut-être clarifier les choses : dans nos rues, il y a un nombre non négligeable de SDF qui sont aussi des sans-papiers expulsables... Que faisons nous pour cette catégorie ? Allons-nous en France accorder le droit au logement à tout sans-abri ? Vous allez me rire au nez et me dire que je pose des faux problèmes. Il me paraît cependant essentiel que de telles questions soient discutées et que chacun y apporte sa réponse : en effet, si on offre un logement aux SDF qui peuvent justifier de leur nationalité (française, européenne...) il en restera dans nos rues un nombre important pour lesquels des associations se mobiliseront à nouveau. Et on parlera de discrimination honteuse entre les uns et les autres... On fait quoi ? Personne ne pose la question me semble t'il.
Par ailleurs, la question du logement social est régulièrement posée. Ce qui est rarement souligné, c'est le fait qu'un grand nombre de personnes ne relevant pas des critères habituels du logement social occupent des appartements dans ce secteur. Cela arrange tout le monde pour de bonnes et de mauvaises raisons : les sociétés HLM perçoivent un sur-loyer de la part des locataires dont les revenus sortent des clous, ceux ci paient un loyer inférieur à ce qu'ils paieraient en secteur privé et leur présence assure un peu de brassage social dans les HLM... A Paris, cette situation est fréquente. Bien sûr, chacun comprend qu'un locataire ne souhaite pas payer beaucoup plus cher, au risque de perdre en revenu disponible lorsqu'il passe du HLM au secteur privé. Mais cela pose la question du rôle du logement social, et de la réglementation en France. Comment faire pour que le parc de logements puisse profiter en priorité à ceux qui en ont le plus besoin au moment où ils en ont vraiment besoin ? Comment assurer un renouvellement suffisant, qui permette de libérer des logements ? La solution répétée actuellement sur tous les tons, c'est la construction de logements neufs. Elle est nécessaire, mais on peut aussi de demander jusqu'à quel point il est souhaitable d'augmenter le nombre des logements "aidés", s'il est bon qu'une part croissante de la population habite dans des appartements gérés par le secteur public ou para-public.
Face à cette situation, certains prônent l'accession à la propriété comme solution. Certes, elle est en général souhaitée par beaucoup et souvent synonyme de meilleur entretien et d'attention plus grande à l'environnement qui va déterminer la valeur de revente. La propriété peut cependant avoir l'inconvénient de fixer les gens à une époque où la mobilité paraît se développer. Elle ne peut se concevoir qu'accompagnée de mesures facilitant la revente, d'un minimum de garantie sur l'investissement et d'un allègement des taxes dans le cadre d'un déménagement à caractère professionnel.
Ce qui me laisse parfois sans voix, c'est la simplicité des slogans et l'indigence des discussions. Dire "Un logement pour tous", c'est le signe d'un belle âme, parfois doublée d'un sens solide de l'agit-prop, mais ça ne peut pas suffire... Dire qu'"il faut construire du logement social", c'est une incantation qui ne va pas au fond de la question. Dire qu'"il ne faut plus voir de gens dormir dehors", c'est parler de fraternité mais on ne peut pas en rester là...
Pour ma part, j'ai plus de questions que de réponses dans ce domaine. Mais j'aimerais au moins que les questions soient évoquées, traitées et débattues. Car les beaux principes et les coups de menton ne règlent jamais les problèmes en profondeur.