Je n'aimerais pas être éléphant par les temps qui courent, ni même éléphanteau d'ailleurs. C'est vrai, je ne suis pas très "Ségolénophile", je le reconnais. Mais ça ne doit pas être facile même pour les plus énamourés ces temps ci.
Il y a quelques temps, un mois environ, la candidate appelait à la rescousse les éléphants pour la soutenir, en avançant d'ailleurs quelques jours plus tard que la tiédeur de ceux-ci expliquait sans doute la relative faiblesse de ses sondages. Elle venait juste de les appeler, la critique a du leur faire plaisir.
Un écho du Nouvel Obs racontait voici trois semaines qu'elle avait appelé Rocard pour lui demander son soutien actif, et qu'elle lui avait laissé entendre que la dream team des éléphants annoncée peu avant ne ferait en fait pas grand chose... Machine arrière donc.
Jeudi soir sur la 2, la voilà qui se dit "coincée" par le PS. On hallucine.
Evidemment, quand on se présente comme une fraîche et rose jeune femme qui va faire du nouveau, il est difficile de solliciter en même temps l'appui des vieux soldats. Si on le fait, ce qui est après tout cohérent lorsqu'on représente un parti comme le P.S., alors on l'assume et on ne les rend pas ensuite responsables tout en revendiquant à nouveau sa fraîcheur.
On voit bien la difficulté que rencontre mme Royal : être la candidate des socialistes tout en rassemblant au-delà, apparaître nouvelle sans pour autant être taxée d'inexpérience, jouer la carte féminine sans en abuser. C'est compliqué. Mais ça n'excuse pas l'inélégance qui consiste à appeler à l'aide quand on se noie avant d'accuser celui qui vous tend la main de vous avoir poussé dans l'eau. Je cite à ce sujet un article trouvé dans la Tribune :
Ségolène Royal, "libérée", jongle avec les contradictions
Présente hier soir sur le plateau de l'émission "A vous de juger" sur France 2, Ségolène Royal, candidate PS à l'élection présidentielle, a "repris sa liberté" par rapport au Parti socialiste où elle se sent "coincée" depuis le retour des éléphants. Interrogée par Arlette Chabot, elle a également tracé les "grandes lignes" de son projet.
Libérée du carcan pachydermique du Parti socialiste, Ségolène Royal était l'invitée de l'émission politique "A vous de juger", jeudi soir. Pendant plus de deux heures, la présidente de la région Poitou-Charentes a décliné ses thèmes fétiches, encadrement militaire des jeunes délinquants et défense de la "valeur travail", mais s'est refusée à entrer dans les "questions techniques".Rien de bien neuf n'est ressorti de l'émission d'hier soir. Entrée dans la dernière phase de sa campagne, Ségolène Royal a décidé de "reprendre toute sa liberté" par rapport à son parti d'origine. Dotée d'une capacité à ménager la chèvre et le chou remarquable, la candidate a admis avoir la "chance" de se sentir soutenue par une organisation politique comme le Parti socialiste, mais a concédé s'être sentie un peu "coincée" par le retour de ses anciens concurrents de la primaire, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn et leurs fidèles, à ses côtés.L'ancienne ministre a réitéré sa vision d'une "société de solidarité" sur le principe du "gagnant-gagnant", rejetant tout concept d'assistanat car "aucun soutien ne peut être donné sans contrepartie". Elle a également fait part de son objectif premier si elle est élue: trouver un moyen "une fois pour toutes (que) le travail soit moins taxé que le capital".Mais, dans le même temps, la candidate du PS s'est refusée à répondre à des "questions techniques" sur le financement des retraites et le rééquilibrage des prélèvements obligatoires, jugeant qu'elles relevaient plus d'un secrétariat d'Etat au Budget que de la présidence. "Je trace les grandes lignes", a-t-elle souligné en expliquant que le gouvernement agirait "comme il le voudra" sur la base de son programme présidentiel.Numéro d'équilibristeDe même, Ségolène Royal a rejeté une généralisation des 35 heures par des mesures "imposées", et fait de la réduction de la dette publique une de ses priorités. Comment compte-t-elle y parvenir? Par des "économies sur les dépenses de l'Etat" et l'appui de la "relance économique". Mais aucune solution concrète n'a été avancée pour réaliser ce numéro d'équilibriste entre rigueur budgétaire et keynésianisme.Concernant la présence de la gauche au second tour, Ségolène Royal a insisté: "tout dépend de moi, et c'est pourquoi ce combat est absolument crucial, et c'est pourquoi je suis déterminée à me faire comprendre des Français".La remontée spectaculaire de François Bayrou dans les sondages et la position à adopter ont aussi été au centre des préoccupations du PS cette semaine. Mais la candidate Royal a balayé la menace que représente le candidat UDF par un "François Bayrou n'a pas de programme".
Présente hier soir sur le plateau de l'émission "A vous de juger" sur France 2, Ségolène Royal, candidate PS à l'élection présidentielle, a "repris sa liberté" par rapport au Parti socialiste où elle se sent "coincée" depuis le retour des éléphants. Interrogée par Arlette Chabot, elle a également tracé les "grandes lignes" de son projet.
Libérée du carcan pachydermique du Parti socialiste, Ségolène Royal était l'invitée de l'émission politique "A vous de juger", jeudi soir. Pendant plus de deux heures, la présidente de la région Poitou-Charentes a décliné ses thèmes fétiches, encadrement militaire des jeunes délinquants et défense de la "valeur travail", mais s'est refusée à entrer dans les "questions techniques".Rien de bien neuf n'est ressorti de l'émission d'hier soir. Entrée dans la dernière phase de sa campagne, Ségolène Royal a décidé de "reprendre toute sa liberté" par rapport à son parti d'origine. Dotée d'une capacité à ménager la chèvre et le chou remarquable, la candidate a admis avoir la "chance" de se sentir soutenue par une organisation politique comme le Parti socialiste, mais a concédé s'être sentie un peu "coincée" par le retour de ses anciens concurrents de la primaire, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn et leurs fidèles, à ses côtés.L'ancienne ministre a réitéré sa vision d'une "société de solidarité" sur le principe du "gagnant-gagnant", rejetant tout concept d'assistanat car "aucun soutien ne peut être donné sans contrepartie". Elle a également fait part de son objectif premier si elle est élue: trouver un moyen "une fois pour toutes (que) le travail soit moins taxé que le capital".Mais, dans le même temps, la candidate du PS s'est refusée à répondre à des "questions techniques" sur le financement des retraites et le rééquilibrage des prélèvements obligatoires, jugeant qu'elles relevaient plus d'un secrétariat d'Etat au Budget que de la présidence. "Je trace les grandes lignes", a-t-elle souligné en expliquant que le gouvernement agirait "comme il le voudra" sur la base de son programme présidentiel.Numéro d'équilibristeDe même, Ségolène Royal a rejeté une généralisation des 35 heures par des mesures "imposées", et fait de la réduction de la dette publique une de ses priorités. Comment compte-t-elle y parvenir? Par des "économies sur les dépenses de l'Etat" et l'appui de la "relance économique". Mais aucune solution concrète n'a été avancée pour réaliser ce numéro d'équilibriste entre rigueur budgétaire et keynésianisme.Concernant la présence de la gauche au second tour, Ségolène Royal a insisté: "tout dépend de moi, et c'est pourquoi ce combat est absolument crucial, et c'est pourquoi je suis déterminée à me faire comprendre des Français".La remontée spectaculaire de François Bayrou dans les sondages et la position à adopter ont aussi été au centre des préoccupations du PS cette semaine. Mais la candidate Royal a balayé la menace que représente le candidat UDF par un "François Bayrou n'a pas de programme".
Bayrou est sur son nuage et on voit bien que la campagne s'ordonne autour de lui : Sarkozy s'était recentré dans une stratégie anticipée de deuxième tour. Plus calme, rassembleur, plus gaullien en politique étrangère, il était dans le trip classique d'un candidat déjà qualifié. Patatras, Bayrou se fait menaçant. Du coup, N.S. redonne un coup de barre à droite pour aller récupérer des électeurs partis chez Le Pen. C'est pas très joli joli, ça s'appelle la stratégie électorale... Et ça peut coûter cher au deuxième tour, si deuxième tour il y a pour Sarkozy, ce qui reste probable aujourd'hui. Quant à Ségolène, elle a compris qu'il fallait récupérer les électeurs centristes partis chez Bayrou. Donc s'affranchir à nouveau du P.S. pour se recentrer. Si P.S. quand même, elle se montre avec Strauss-Kahn ces jours-ci, ce qui n'est pas un hasard. Du coup, les multiples candidats de la gauche de la gauche voient leur potentiel électoral remonter un peu : ils vont faire 2% au lieu d'1, grand bien leur fasse. Mais au deuxième tour, si jamais c'était Bayrou contre Ségo, c'est bien à gauche que Ségo devra aller chercher ses voix... Bref, la quadrature du cercle !
On imagine que Bayrou s'amuse beaucoup pour l'instant. Est ce que ça durera, rien n'est moins sûr. Les électeurs tentés par le vote centriste vont-ils rentrer à la maison sagement et voter pour leur candidat naturel ou bien Bayrou va t'il passer du statut de buzz sondagier à celui d'homme de l'année ? C'est la question du jour, et elle n'a pas fini de faire couler de l'encre.
Un petit mot encore : 4 à 5 candidats pour la gauche dite extrême si on y inclut MG Buffet, dont 4 candidats "antilibéraux ou anti capitalistes", ça fait un peu beaucoup quand même et personne n'a l'air de trouver ça étrange. Arlette est un monument vénéré par les médias. José Bové rappelle trop Astérix pour ne pas s'attirer la sympathie du village gaulois. Notre facteur a définitivement gagné le coeur des midinettes. Quant aux communistes, personne n'ose tirer sur l'ambulance tellement leur situation est pathétique. Tout ce petit monde va donc occuper les ondes nationales gratuitement pour exprimer des idées dont chacun sait qu'elles sont inapplicables ou déconnectées de la marche du monde. Cela ne serait pas très grave si certaines de ces idées ne contribuaient pas à entretenir une image assez triste de notre pays. Pour prendre un exemple politiquement peu correct, tout ce petit monde va diffuser la petite musique de la régularisation massive des sans-papiers et de la lutte contre les discrimainations. On va ainsi renforcer l'idée que la France serait un pays fermé et raciste, idée que la réalité peine franchement à démontrer -même si les problèmes existent- mais qui fait son chemin dans l'esprit de ceux qui rencontrent un jour ou l'autre une difficulté : celle-ci sera mise immédiatement sur le dos du racisme ou de la discrimination, entraînant démobilisation et rancoeur. C'est dommage. Et les arguments économiques utilisés ont à peu de choses près le même effet... Je ne pense pas pour ma part que la tribune ainsi accordée à la pensée d'extrême-gauche soit sans conséquence. Il ne s'agit évidemment pas de la réduire au silence, mais de là à ce qu'elle reçoive un temps d'antenne aussi disproportionné avec ce qu'elle représente électoralement, il y a vraiment de quoi se poser des questions...
Bon, les cinq semaines qui viennent s'annoncent passionnantes... A bientôt peut-être.